À chaque ventre son monstre

Notes de programme

CE MONSTRE EN NOUS - Des monstres fabuleux de l’enfance aux petites perversions et cruautés qui nous habitent, où s’arrête l’humain et où commence le monstre ? Existe-t-il seulement une telle limite ?

 Notre collaboration est née de notre amitié, doublée d’un désir de se poser des questions ensemble. Comment, dans l’écriture, laisser plus de place au corps et comment, dans le chant, laisser plus de place au texte ? C’est en cessant d’opposer langage et instinct, humain et animal, quotidien et fantastique que nous en sommes venus à travailler sur le monstre en tant que figure protéiforme, mouvante, et essentiellement humaine.

 Très tôt dans le processus de création est apparue l’envie de solliciter la participation des solistes et des membres de l’Ensemble Paramirabo. Nous leur avons demandé de livrer un « monstre » personnel à Françoise, de révéler un aspect de soi qui les répugnait, dont ils et elles n’étaient pas fiers — une expérience qui revêtait le caractère anonyme d’une bouteille lancée à la mer, puisque Françoise habite à plusieurs milliers de kilomètres et n’avait jamais rencontré les interprètes. Leurs confessions sont devenues un matériau de base, des ressentis et des mots avec lesquels broder. Parfois grossis, parfois restés très près des confessions originales, ces monstres de l’intime ont ensuite été redistribués entre les musicien·ne·s par Gabriel — il ignorait, comme chacun·e ignore toujours, qui avait divulgué quoi.

 La mise en musique des textes et la dramaturgie du spectacle ont été deux étapes indissociables. Inspiré par la présence scénique, la créativité et la virtuosité de ses interprètes, Gabriel a à son tour voulu les inspirer à aller au-delà d’eux et d’elles-mêmes dans une mise en scène exigeante, mettant à nu : une démarche à cheval entre la partition détaillée et l’improvisation qui implique non seulement l’apport créatif des solistes et des musicien·ne·s, mais leur engagement total. Si nous avons créé un monstre, c’est grâce à eux et à elles qu’il prend vie, et c’est grâce à nos conceptrices Nancy, Karine et Solène qu’il a une forme si grotesquement irrésistible ce soir !

 Sur scène, il y a neuf corps. La voix résonne, au-dedans et au-dehors. Elle se faufile d’une bouche à l’autre, laisse s’exprimer, de plein gré ou malgré soi, la bête qui sommeille, la bête qui s’éveille. Chante. Crie. Marmonne. Roucoule. Régurgite. Ravale. La créature à laquelle les interprètes donnent voix est parfois égoïste, parfois humiliée, ridicule, drôle ou violente ; elle est toujours familière dans la douleur qu’elle éveille.

 D’un ventre à l’autre, le monstre n’est pas si différent. D’un ventre à l’autre, il se tapit, se tait, attend. Mais pas ici. Ici, le monstre gronde.

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AVERTISSEMENT

Bien que le spectacle ne comporte aucune scène violente ou de sexualité explicite, certains personnages d’À chaque ventre son monstre tiennent des propos problématiques et potentiellement choquants. Le contenu pourrait ne pas convenir à tous les publics.

Opéra bruité de Gabriel Dharmoo 
Textes : Françoise Major 

1. Tout le monde 
2. Un monstre sous le lit 
3. Des gueules 
4. Meilleure 
5. Punition 
6. Une Kali mais blonde 
7. Magma 
8. Le bon gars 
9. Au fond de moi 
10. Faire pleurer Fannie 
11. Trio bruité 
12. J’ai honte 
13. L’art du crime 
14. Personne 

 

Détails

Compositeur
Année de composition
2018
Minutage
0:45:00
Commande de l'Ensemble Paramirabo
Financé par
CAC

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